Mercredi 3 décembre 2008
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En un an j'ai développé une expertise chez Megacorp: j'excelle en Excel.
Je construis des fichiers ENORMES imprimables uniquement sur du A3. Voire du A0, se moque le directeur informatique… Même le calcul le plus simple de premier abord s'hypertrophie petit à petit
pour contenir des recherches dans tous les sens, des références circulaires, des sommes prod, des sommes si, le tout enrichit de liaisons vers des dizaines d'autres fichiers Excel. Parfois
j'arrive même à la fin des colonnes, la IV.
Le mot d'ordre: ne jamais mettre les liaisons à jour -sauf en cas d'extrème nécessité-, toujours choisir l'option calcul sur ordre sans recalcul à l'enregistrement. Même en prenant ces
précautions, à l'ouverture, la plupart des fichiers mettent quelques secondes à apparaître. Je ne vous parle même pas du travail de mise en page...
Certains fichiers sont si compliqués que l'ajout d'une colonne ne peut être fait que sur autorisation hiérarchique, et pour d'autre le droit d'ouvrir en écriture est lui aussi strictement
encadré. Beaucoup d'entre eux sont verrouillés (mot de passe: "usinagaz"). Puisque le calcul automatique est désactivé, il faut faire une manipulation pour que les formules fonctionnent (pour que
1+1=2 et pas 1 ou 34.187 si on a tiré la formule).
Et cette manipulation c'est MAJ + F9. Surtout pas F9 seul qui recalcule tous les fichiers ouverts, dont
celui de 3 mégas avec ses 39 onglets liés à 5 autres fichiers, qui contient des références circulaires et fait ramer votre ordi pendant 13 minutes. Voire pire, vous condamne au CTRL+ALT+SUP et si
vous avez aussi désactivé la sauvegarde automatique (ça ralentit), vous perdez tout votre fichier de 37 colonnes et 541 lignes. Et là vous avez des pulsions de
meurtre....
(sans me vanter je crois que j'impressionnerais Bill Gates)
Mardi 25 novembre 2008
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09:24
Petit extrait de la liste, toujours plus longue, de tout ce(ux) qui me fait vomir dans le joli monde de
l'entreprise...
- les grands chefs qui ne
s'abaissent pas à vous dire bonjour. En réalité ils n'ont de grand que leur égo, leur âme est microscopique. Le pire de tous c'est le chef des chefs, j'en ai parlé ici.
Le plus amusant c'est quand l'un d'entre eux, se
met à vous saluer sans raison apparente. Il suffit de le revoir débarquer deux jours plus tard avec une question straturgente et tout prend son sens. Petit con. Pardon: grand
con.
- le RH à la mèche qui tue. Celui-là est capable
de vous regarder droit dans les yeux et de vous assurer que c'est supeeeeeeer motivant d'être moins payé que son voisin: ça montre que Megacorp est capable de bien payer ses employés et qu'un
jour, votre tour viendra. Ce qui me console: tout le monde le déteste. Ce qui m'atterre: pas sa chef.
- le stagiaire mieux payé que son supérieur. Bien
oui, ce dernier n'a pas fait d'études, juste ses preuves, alors que le stagiaire il a payé 50.000€ son école de fils à papa, faut bien qu'il rentabilise.
- la politique de note de frais. Réduire les
repas extérieurs de 7€, c'est une mesure dra-stique. Ben oui, ça permettra de faire des économies sub-stan-cielles sur 0,01% des coûts de fonctionnement. Alors au lieu de plat + entrée ou dessert
ça sera plat du jour pour tout le monde. Et notre grand patron pourra arroser ça (et pas au Champomy) avec ses copains les administrateurs.
- le sous-chef. A force de lorgner sur un poste
de chef il est devenu bigleux et sous chef. Pour lui c'est le début de la gloire, hors de question de s'arrêter là. Persiflage, mensonge, intoxication, cirage de pompe intensif du N+1 à N+infini:
tout est bon quand on est un cochon.
To be continued.
Mercredi 29 octobre 2008
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Président Directeur Général, les
majuscules c'est aussi important que le reste, ne les oubliez pas ou je vous vire. Oui, moi je suis PéDéGé, et pas d'une PME perdue au fin fond du Larzac, moi je suis un PDG du KAK.
De mon immense bureau vitré, je règne sur Paris, la France, le monde, des territoires où j'emploie des milliers de personnes qui se plient en quatre pour satisfaire mes toquades. J'ai un
chauffeur, un jet-privé à disposition. Du matin au soir et du soir au matin je blackberrise, les yeux rivés sur mon cours de bourse, l'oreillette vissée au crâne. Je veux peser plus que les 39
autres, tous des nuls.
Mon cerveau ne s'arrête jamais de compter, de projeter, de tactiquer. J'exige des réponses immédiates à mes questions: combien on a vendu hier en Chine, combien on investit au Brésil demain, on
en est où de la négo du contrat avec Scarlett, que font mes concurrents, ces nazes. Je veux tout contrôler, tout savoir. Je suis prêt à tout pour arriver à mes fins, j'invite dans les meilleurs
restos, je sponsorise des clubs de bridge, je paie une agence qui me dit quelle cravate porter.
Je suis extrêmement intelligent, j'ai étudié dans les meilleures universités, celles-là mêmes où je recrute maintenant. J'aurais aimé avoir du sang bleu, et puisque mon projet de marier ma fille
avec l'hériter d'une grande famille royale a échoué (malgré une équipe de 3 personnes dédiées, quels bras cassés!), je l'ai casée avec un riche aristocrate. J'aurais voulu être beau
aussi, mais je suis riche et puissant, c'est mieux finalement.
Je me montre peu dans les couloirs de mes headquarters pour éviter de fréquenter les employés qui me harcèlent avec leurs "bonjour!" souriants. Est-ce que j'ai le temps de sourire, moi?
Heureusement mes subordonnés directs, les managers, me comprennent, ils me plaignent même. Je les récompense à coups de stock-options, et c'est volontiers qu'ils passent des nuits et weekends au
bureau, à se défoncer pour qu'on soit les meilleurs du CAC. Je suis votre PDG, celui qui vous claironne des résultats exceptionnels à la fête de Noël alors qu'il a décidé le blocage des
salaires.
On me craint, on m'envie, on me déteste car je suis le plus fort.
Jeudi 16 octobre 2008
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20:47
On pourrait croire, mais non. Géographiquement je suis facilement repérable grâce à une recherche sur les zones fortement
émettrices d'ondes électriques vu mon niveau d'énervement (le premier qui bronche et me répond "sois pas...", je le flingue). Moralement c'est moins évident. Je me situe quelque part entre le
ras-le-bol et le désespoir, pas très loin de la mélancolie.
Bref, ces jours-ci je vous abandonne au profit d'immondes immenses tableaux excel. C'est absolument imbuvable intéressant. Sans compter tous les directeurs qui viennent me mettre sous le nez les rémunérations de leur équipe - pour que je leur explique
comment remplir leur présentations powerpoint - histoire de me démotiver encore plus.
C'est la joie, l'extase la plus totale. Je nage en plein bonheur. Imaginez comme c'est exaltant de raconter mes nocturnes sur excel dans les dîners en ville. Alors partir, pensez-vous!
(Je ne rêve que de ça)
Vox populi...