Président Directeur Général, les
majuscules c'est aussi important que le reste, ne les oubliez pas ou je vous vire. Oui, moi je suis PéDéGé, et pas d'une PME perdue au fin fond du Larzac, moi je suis un PDG du KAK.
De mon immense bureau vitré, je règne sur Paris, la France, le monde, des territoires où j'emploie des milliers de personnes qui se plient en quatre pour satisfaire mes toquades. J'ai un
chauffeur, un jet-privé à disposition. Du matin au soir et du soir au matin je blackberrise, les yeux rivés sur mon cours de bourse, l'oreillette vissée au crâne. Je veux peser plus que les 39
autres, tous des nuls.
Mon cerveau ne s'arrête jamais de compter, de projeter, de tactiquer. J'exige des réponses immédiates à mes questions: combien on a vendu hier en Chine, combien on investit au Brésil demain, on
en est où de la négo du contrat avec Scarlett, que font mes concurrents, ces nazes. Je veux tout contrôler, tout savoir. Je suis prêt à tout pour arriver à mes fins, j'invite dans les meilleurs
restos, je sponsorise des clubs de bridge, je paie une agence qui me dit quelle cravate porter.
Je suis extrêmement intelligent, j'ai étudié dans les meilleures universités, celles-là mêmes où je recrute maintenant. J'aurais aimé avoir du sang bleu, et puisque mon projet de marier ma fille
avec l'hériter d'une grande famille royale a échoué (malgré une équipe de 3 personnes dédiées, quels bras cassés!), je l'ai casée avec un riche aristocrate. J'aurais voulu être beau
aussi, mais je suis riche et puissant, c'est mieux finalement.
Je me montre peu dans les couloirs de mes headquarters pour éviter de fréquenter les employés qui me harcèlent avec leurs "bonjour!" souriants. Est-ce que j'ai le temps de sourire, moi?
Heureusement mes subordonnés directs, les managers, me comprennent, ils me plaignent même. Je les récompense à coups de stock-options, et c'est volontiers qu'ils passent des nuits et weekends au
bureau, à se défoncer pour qu'on soit les meilleurs du CAC. Je suis votre PDG, celui qui vous claironne des résultats exceptionnels à la fête de Noël alors qu'il a décidé le blocage des
salaires.
On me craint, on m'envie, on me déteste car je suis le plus fort.
Vox populi...