Mercredi 6 février 2008
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18:10
Le court (1h30) opéra de Paul Hindemith commençait à 20h hier soir à l'opéra Bastille que j'étais bien contente de retrouver pour le confort de la salle. On y est bien
assis, on voit bien de partout et on n'y meurt pas de chaud comme à Garnier.
Une classe de collégiens est assise deux rangs devant moi, quelle idée de les emmener voir ce spectacle, l'Elixir d'Amour ou les Contes d'Hoffman me sembleraient plus appropriés à des adolescents
novices en art lyrique.
La salle se remplit mais pas complètement et à 20h05 le rideau se lève sur le premier décor, un hall de grand hotel. Des chœurs, quelques solos, tout est maîtrisé et bien exécuté mais manque
d'émotion à mon goût, et peut être parce que j'ai encore en tête les notes de l'Orphée de la veille.
Ce que j'ai préféré ce sont donc les décors, au nombre de 4: le vaste hall d'hotel, une belle mais funeste chambre à coucher, le salon de Cardillac et les toits de
Paris où s'étaient perdus deux petits rats de l'opéra. Un grand bravo au metteur en scène, André Engel. Les costumes de Chantal de La Coste Messelière (ouf!)
méritent eux aussi les félicitations du jury: des robes de soirée ou de ville des années folles et un splendide déshabillé bleu turquoise mordoré.
L'histoire mêlant crime et amour passe bien, la musique aussi, voilà ce qui suffit pour passer un moment agréable.
Mardi 5 février 2008
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17:25
Reprise de la saison lyrique hier avec la première d'Orphée et Eurydice de Glück (en langue allemande), chorégraphié par Pina
Bausch au Palais Garnier.
Comme à chaque représentation la foule se presse sur les marches du célèbre batiment construit par Charles Garnier de 1860 à 1875. Une bonne vingtaine de minutes avant le spectacle je retrouve
Ayrton et attends son amie Axelle avec lui. Contrairement à eux j'ai déjà assisté à plusieurs spectacles au Palais Garnier, mais je suis toujours autant émerveillée par le faste de l'entrée, son
imposant escalier et le célèbre plafond de Chagall.
Ayrton et Axelle rejoignent le perchoir et moi la baignoire 13. Après un moment de confusion pour l'attribution des places et l'extinction des lustres, le rideau est levé. Je ne vois pas toute la
scène, je suis un peu déçue voire énervée d'hériter d'une si mauvaise place alors que j'ai acheté mon abonnement le premier jour de vente.
Les personnages principaux sont doublement interprêtés par une chanteuse et un danseur ou une danseuse, le chœur se tient lui dans la fosse d'orchestre derrière les musiciens. Aux premières notes
de musique l'Orphée vu à Stockholm me revient en mémoire. Cette fois-ci le style est complètement différent, pas de mise en scène déjantée ni parodie.
Orphée est chanté par la brune Maria Riccarda Wesseling, dont j'ai trouvé la voie un peu faible au début, mais la comparaison avec AS von
Otter est difficile, et dansé par Yann Bridard, très expressif. Eurydice, interprêtée par la blonde Svetlana Doneva, est dansée par la délicate et puissante
Marie-Agnès Gillot (vue en 2006 dans le célèbre Boléro de Ravel par Béjart).
La chorégraphie aérienne de Pina Bausch magnifiée par la sobriété des décors et la légèreté des costumes donne naissance à des moments de bravoure, comme celui où l'amour annonce à Orphée qu'il
peut retrouver Eurydice ou celui de leurs retrouvailles. Les danseurs semblent à peine toucher terre, leurs corps se frôlent tandis que la musique et les voix nous caressent comme une brise légère
ou un soufle triste. Moi qui n'était pas fan de la version allemande je l'ai redécouverte avec plaisir.
Pour vous chers lecteurs j'ai même bravé l'interdiction de faire des photos de cette jolie parenthèse.
Mardi 11 décembre 2007
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12:19
Chance incroyable: samedi soir à l'Opéra Royal a lieu la première de l'Orphée de Glück (en version française, ma préférée!) avec Anne-Sofie
von Otter dans le rôle principal! Au prix de quelques sueurs froides j'ai pu avoir deux places au parterre, pile en face de la scène, pour la modique somme de 65€ par billet. On est loin
des 120€ que coûte une place de la même catégorie à Bastille ou Garnier.
Le spectacle commence à 19h30 et lorsque nous déposons nos manteaux au vestiaire nous voyons une dame très chic enlever ses grosses chaussures pour enfiler des
escarpins! Ma mère me raconte qu'en plein hiver, dans les restaurants, salles de spectacles etc, les suédois transportent leurs chaussures fines et se changent au dernier moment en laissant au
vestiaires leurs gants, bonnets, écharpes et godillots soigneusement rangés dans de grands sacs.
Nous rejoignons nos places tandis que l'orchestre s'échauffe. Les musiciens sont habillés en costume-cravatte et portent des chapeaux melon noirs. Bizarre! La fosse
d'orchestre se trouve au niveau du parterre, mais pendant l'ouverture, quand le rideau s'ouvre, elle s'abaisse. Apparaissent Orphée et le cœur, habillés eux
aussi de costumes sombres et des chapeaux melon. Orphée, joué par AS von Otter a le crâne dégarni, quelques cheveux blancs, une bonne brioche, elle est méconnaissable. Sous leurs chapeaux, les
chœurs sont complètement chauves, quant à l'Amour il est momifié! Une mise en scène décidément très culottée, mélant hommes et femmes, danseurs et non
danseurs.
Lorsqu'Orphée descend aux enfers, il séduit par sa musique le chœur infernal à moitié dénudé:
certains en pantalon, d'autres en chemises, d'autres portant seulement une cravatte, avec ou sans chapeau, aux corps déformés: bras immense, gros ventre, jambes tordues etc.
Les Ombres, composées d'hommes et femmes en tutus romantiques (= longs), entâment un ballet. Le public rit de voir les hommes non danseurs si peu gracieux! Le mélange
des genres est détonnant! Eurydice, jouée par Marie Arnet parait enfin, toute de blanc vêtue, avec une longue chevelure blanche.
Orphée la ramène vers la terre mais son indifférence attriste Eurydice (suite au pacte avec Hadès le dieu des Enfers, si Orphée la regarde, elle meurt). La metteur en
scène, Marie-Louise Ekman, nous montre Orphée assis dans un canapé lisant son journal pendant qu'Eurydice (très réaliste!), sa femme, le supplie de la regarder, de lui expliquer
d'où vient son indifférence. Orphée finit par succomber et Eurydice meurt dans ses bras…
Devant le chagrin d'Orphée, qui pense à se suicider, l'Amour lui rend Eurydice...
L'excellente performance de cette véritable star du lyrique qu'est Anne Sofie von Otter, la mise en scène ainsi que le niveau de tous les
artistes furent salués par presque 15 minutes de standing ovation. Le public français aurait peut être hué l'audace de la metteur en scène (assez courant lors des premières), à
Stockholm la reconnaissance du travail d'interprétation et de réflexion a été sans réserve.
Vendredi 7 décembre 2007
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09:34
C'est une victoire pour l'art, une victoire sur la lâcheté des quelques grévistes qui ont tenté de gâcher la représentation qui a eu lieu sans décors.
Hier à Bastille Wagner nous a fait voyager et réfléchir. Sous la direction du célèbre Seiji Ozawa (chef d'orchestre japonais, reconnaissable à son abondante chevelure poivre et
sel), la musique nous berce puis nous enveloppe d'une douce torpeur, tout à coup c'est un torrent que nous traversons, puis un bois peuplé d'oiseaux extraordinaires, avant de nous laisser à nouveau
emporter par un tourbillon. On peut pratiquement sentir la présence mouvante de la musique, qui nous emporte par vagues. Magistral. Wagnerien.
Quand les voix s'élèvent, c'est encore une autre dimension qui s'offre à nous. Opéra extrémement difficile à mon avis, avec de longs solo exigeant une grande finesse d'interprêtation et assez de
force, de puissance pour ne pas se laisser engloutir par la musique. Le thème principal, la recherche du véritable amour, mélange de sacré et profane, était tout à fait d'actualité
pour moi… Tannhäuser rennonce à l'amour de Vénus pour celui d'Elisabeth, mais laquelle des deux incarne le sacré, le profane? Lequel est l'amour le plus pur, le plus vrai?
Ayrton, j'attends ton avis!
Petit ajout suite au commentaire de Claire (toujours très juste!). En effet, Wagner n'est pas très facile d'accès. L'opéra Tannhäuser dure 4h30 (2 entractes compris!
ouf!), sachant que ce n'est pas joyeux et léger comme Donizetti ou flamboyant comme Verdi... C'est d'ailleurs pour cela que la performance d'hier était exceptionnelle: je n'ai pas vu le temps
passer! Et ce malgré l'absence de décors. Pourtant, Dieu sait que je ne suis pas fan des opéras à rallonge, comme Don Juan et la Bohème. Je me suis vraiment laissée emportée par la musique et
le chant, et c'est très agréable.
Vox populi...